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Publié le par Palimpseste

Les éditions Les Cygnes, la Cie Le Réséda et le Bureau littéraire International vous invitent à une lecture en hommage à Geneviève Ulmann, disparue il y a un mois, autour de son livre :

Chroniques d'un été prolongé
Signé Gert Wiener

Les Chroniques d’un été prolongé se passent en France à la montagne, dans les Alpes de Haute Provence, puis se prolongent en Italie à Milan. C’est un été chaud et agréable perdu quelque part vers la fin des années 70 et 80. L’auteure nous précise, avec l’air malicieux de celui qui dévoile un secret, que tous les personnages existaient vraiment. Elle insiste sur le fait étonnant que cette saga, écrite à la manière d’un scénario, se passe dans ce moment très précis où les Français ne connaissaient ni téléphone portable ni ordinateur. Une époque d’avant cette révolution qui a bouleversé notre vie sans qu’on s’en aperçoive.

Au début de l’histoire nous arrivons à la montagne avec une jeune femme, Estelle, qui grimpe la route du village vers le refuge. En simultané, nous passons chez les Arnaud, une famille paysanne qui suscite l’envie de ses voisins à cause de leur réussite économique et du fait que leur fils Laurent soit étudiant à Paris et futur médecin. Laurent quitte la table familiale où il s’ennuie, et part avec la fourgonnette de son père sur la route. Il dépasse Estelle qui manque de se faire enlever par deux  malfrats en voiture de luxe. Elle se défend comme elle peut avec un piolet. Il ne s’arrête pas. Mais son passage a fait sans doute fuir les douteux personnages. Alors quand il voit Estelle arriver, il lui propose de monter dans sa fourgonnette. Ce qu’elle accepte. Ils ont pratiquement le même âge. Ils se parlent.
Estelle qui est encore bouleversée par ce qu’elle vient de vivre, acceptera de venir avec Laurent chez les Arnaud et jouer une petite farce à ses parents. Laurent la présente comme sa fiancée. Estelle tombe dans le piège. Elle trouve les Arnaud très gentils et se voit forcée par Laurent de jouer cette comédie de mensonges malgré elle. Elle voit aussi comment Laurent maltraite sa sœur Raymonde en la rabaissant tout le temps. Elle est prise dans ce dynamisme familial qu’elle va bientôt chambouler.
Ceci n’est qu’une des intrigues que l’auteure nous trame dans ses chroniques. Nous allons bientôt entrer dans d’autres maisons du village et rencontrer les coulisses de cet été où vacanciers et villageois se côtoient. Il y aura l’histoire de la petite Sophie abandonnée dans un hôtel de luxe par ses parents et laissée à la merci d’une gouvernante perverse. Et il y aura les frère Michel et Luc qui veillent sur leur père, vétérinaire, qui ne cesse d’avoir des ennuis avec ces dames qui lui courent après. Et il y aura le parent du village. Le vieux pharmacien qui a gagné le respect de tout le monde comme résistant pendant la guerre. Tout le monde sauf ceux qui étaient dans le camp opposé et qui sont toujours au village aussi. Puis cet été se prolongera à Milan ou Laurent emmène Estelle et Raymonde chez un ami chercheur en médecine. Là les filles vont s’affranchir de l’emprise de celui-ci grâce à une nouvelle aventure dans le monde de la mode milanaise…
Les chroniques d’un été prolongé se lisent sur deux niveaux : la banalité oisive de l’été qui cache le mal être profond et les tensions ancestrales sous-jacentes. 

Geneviève Ulmann, de son vrai nom Gertrude Wiener, a grandi entre la république Tchèque et l'Autriche, forgeant sa vaste double culture « Mittel Europa » et française. Son père, juif non pratiquant, avait une entreprise fabriquant du matériel pour les dentistes.
A 19 ans, elle arrive à Besançon, y rencontre la famille Ulmann et Pierre, dont elle tombe amoureuse, avec qui elle se marie.
Quand Besançon se trouve rattachée à la zone occupée (1940), elle part avec son frère et sa belle-famille en Auvergne.
Georges et Nicole, ses deux enfants, naîtront en 1941 et 1943 en Auvergne, pendant la guerre (respectivement en 1941 et 1943).
Pierre a pris le maquis. Tous les autres membres de sa famille sont arrêtés et déportés. Les parents de Geneviève sont à Brno, son jeune frère est en France et devient résistant.
De la même façon, Geneviève et Pierre étaient peu diserts sur leurs activités de résistants : petits, nous en avons eu connaissance par des compagnons d'arme. Et par la suite, ils ne parlaient pas volontiers de cette période qui évoquait trop de souvenirs douloureux. Ils avaient fait "leur devoir", c'est tout. "Geneviève, pour protéger ses enfants, part en Auvergne avec sa fille et son fils, alors tout bébés. Son jeune frère l'y rejoindra. Ensemble, ils confectionneront de faux papiers. Elle cachera des armes, se chargera de ravitailler le groupe de maquisard auquel son mari est rallié. C'est une période de doutes, de soupçons, de survie.
La fin de la guerre signifie l'installation à Paris. Elle retrouve Pierre, attend en vain le retour de son jeune frère, mort au camp de Dora peu avant la Libération, élève ses enfants, travaille, travaille, travaille.
Geneviève entre au "Bureau Littéraire Marguerite Scialtiel" en 1966. C’est une agence florissante : elle représente des auteurs à succès (Agatha Christie pour la France, André Roussin pour l'étranger, Louis Postif, pour les traductions de Jack London, ...).
A la disparition de Marguerite Scialtiel, son héritier, devenu propriétaire, demande à la plus ancienne des secrétaires d'en assurer la direction (fin des années 60), puis, en 1981, il sollicite Geneviève pour qu’elle prenne la direction de l’agence. Le BLI recommencera alors à se développer pour devenir, en 2001 « BLI Geneviève Ulmann »
De nouveaux contrats sont conclus avec des auteurs français et étrangers (Steven Berkoff, John Tobias, Paloma Pedrero, Roberto Athayde, J.M. Chevret, Dany Laurent, Isabelle de Toledo, ...) qu'elle fait connaître en France et à l'étranger. Des partenariats sont noués avec des agences étrangères, elle est reconnue comme un agent actif et intègre et n’aura de cesse, durant ces années, de défendre ses auteurs et leurs textes, avec humour, constance et clairvoyance, une loyauté et une fidélité indéfectibles.

La lecture dirigée par Zohar Wexler sera suivie par un pot d’amitié

Jeudi 30 mars à 19h

 

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